Quand elle était petite, Baboni demandait sans arrêt à sa mentor Avetine pourquoi la formule du parfum légendaire s'appelait « Désir doré » et pourquoi son ingrédient principal portait le nom de « Réponse dorée ». Avetine lui racontait alors l'histoire de Haidt, la parfumeuse fondatrice.
Haidt était une parfumeuse de génie... et aussi une personne étrange.
Elle vivait toujours dans son propre monde. La parfumerie était sa façon de parler au monde, et les parfums étaient la réponse du monde.
Elle entendait les autres, sans jamais vraiment les comprendre.
Comme si ses oreilles captaient les mots, mais que son cœur, lui, n'arrivait pas à écouter.
En quête d'inspiration, Haidt vint à la Forêt des foudres, où la foudre la frappa et la laissa inconsciente.
Quand elle se réveilla, elle se retrouva dans une grotte, sous un Arbre-foudre. Un Voltignasse l'y avait amenée. Un jeune Voltige, un peu perdu, était là aussi.
Haidt ne les comprenait pas.
Alors le Voltignasse lui fit signe de toucher sa queue hérissée.
Un courant électrique faible, mais complexe, traversa son corps.
Haidt retira sa main par réflexe, mais un mot résonna dans son cœur :
Préoccupation.
Elle ne comprenait pas ce mot, et pourtant, pour la première fois, elle en sentit le sens.
Blessée et bouleversée par ce sentiment, Haidt resta, vivant avec le Voltignasse et son petit.
D'inconnus, ils devinrent une famille.
Haidt allait souvent à l'Arbre-foudre avec lui.
Il envoyait ses vœux au monde merveilleux par les courants électriques, et portait aussi la voix de Haidt vers celui-ci.
Le tonnerre grondait comme d'habitude, mais rien n'arrivait jamais.
Le petit Voltige ne s'intéressait pas à ce rituel, comme s'il ne croyait pas du tout au monde merveilleux.
Alors les jours passèrent.
Jusqu'au jour où le Voltignasse partit, peut-être pour le monde merveilleux.
Haidt alla une dernière fois à l'Arbre-foudre.
Elle ne pouvait pas produire d'électricité, mais elle cria du plus profond de son cœur.
Un coup de tonnerre retentit, et une branche tomba, comme la réponse d'un ami lointain.
La jeune Baboni fut profondément fascinée par l'histoire incroyable de Haidt. Elle aussi, elle avait envie de voir ce monde merveilleux.
À chaque fois, Avetine secouait doucement la tête et appelait Baboni « sa petite andouille d'apprentie ».
Baboni se mit à bouillonner.
Elle commença à se dire qu'Avetine ne l'aimait peut-être pas vraiment, surtout quand Avetine évoqua le fait qu'une fois ses études terminées, elle partirait pour un long voyage. Baboni eut le cœur lourd, persuadée qu'Avetine avait juste hâte d'abandonner sa sotte d'apprentie.
Ce n'est que lorsqu'elle composa « Désir doré » que Baboni comprit : Avetine souhaitait la voir devenir une apprentie digne de confiance, qu'elle pourrait enfin laisser voler de ses propres ailes. Elle comprit aussi que si Haidt avait nommé cette branche tombée « Réponse dorée », ce n'était pas parce qu'elle avait quoi que ce soit d'exceptionnel.
Peut-être que ce tonnerre n'était pas vraiment une réponse de son ami Voltignasse.
Mais le lien qu'ils avaient partagé, lui, ne s'effacerait jamais.